LE CALVAIRE

 

 

En septembre 1936, le calvaire est construit au lieu dit « la croix boissée » par des habitants de Chamarande, le prêtre de la paroisse, le Père Joseph de l’ordre des Prémontrés, et les compagnons scouts du Travail.  

 

En effet, le Domaine est un centre national de formation des scouts de 1922 à 1951. Le docteur Amodru, maire et propriétaire du château, puis Madame Marthe James Hyde mettent à leur disposition entre 20 et 30 hectares du parc selon les années.

 

Dans le « Bulletin Paroissial de Chamarande » repris dans « la Semaine religieuse de la ville et du diocèse de Versailles » du 26 novembre 1936, la journée d’inauguration de la croix est relatée :

 

LA CROIX, LA-HAUT, SUR LE VILLAGE.

 

Nous l'avons taillée dans un chêne, si grand que, lorsqu'il tomba, dans un fracas horrible, il en déracina un autre de dix mètres ! Sculpté soigneusement à l'image et ressemblance de la Croix du Sauveur, l'arbre mesurait encore 7 m de hauteur et 40 cm de largeur. Il fallait renoncer au projet de porter en procession ces 1500 kg de bois ferme !

Mais l'on porterait l'image du Christ, le beau Christ de Bouchardon, peint à la couleur de pierre.

En tête marchaient l'enfant porte-croix et les deux thuriféraires. Puis le drapeau, puis quatre hommes. Les chanteuses, suivies des enfants porteurs d'oriflammes. Les religieuses, le clergé. Le grand Christ, sur un brancard couvert de pourpre, porté à l'épaule par douze scouts qui se remplaçaient ; derrière, la paroisse. Au total de quatre à cinq cents personnes.

Le ciel, menaçant depuis le matin, apparut libre de nuages quand la procession, vers trois heures, sortit. Nous allions par les rues, chantant les cantiques célèbres ou récitant le chapelet. A la hauteur du cimetière, quand la vallée se découvre, vers Etréchy, l’on s’arrête, et, le Christ posé à terre, tout le peuple à haute voix crie trois fois l’acte de contrition, pour honorer les trois chutes de Jésus dans la Voie douloureuse. De là, on s’engage dans le sentier et bientôt dans les champs, aux noms anciens qui font rêver : les Vignes blanches, les Louis, les Petits Cerisiers, les Grouettes. Plus loin : Carême prenant. Par une préparation providentielle, le lieu exact où notre croix est plantée s’appelait jadis la Croix boissée.

De là, tout le village apparaît, blotti autour de son église, et, d’Etampes à Bouray, la sombre ligne des bois bordant la Juine invisible relève le blond et le roux des champs qui s’étendent, montent, en face, jusqu’aux coteaux qui séparent cette vallée de celle d’Essonnes.

Le Père commence les invocations ; tous, d’une voix, répondent. De là, les prières, la bénédiction de la Croix, l’allocution. Et les cinq ouvriers, alertes, élèvent pieusement le Christ sur l’arbre douloureux, pendant que la foule, saisie comme d’une crucifixion véritable, récite, dans les larmes, les cinq Pater et Ave. Le Credo suit, glorieux, enthousiaste, comme un chant assuré de Résurrection.

Ce soir, Jésus restera seul sur la colline, mais cent cœurs veilleront de loin, lampes fidèles qui se consument pour sa gloire, pour Son amour.

 

 

Le 19 mars 1988, grâce à une souscription lancée auprès des habitants, une nouvelle croix est érigée par quatre chamarandais en remplacement de la précédente.